Fractures et Facture

– Octobre 2026 –

Les événements du 17 octobre dernier ont une nouvelle fois mis en lumière les fractures profondes de notre société. Alors que la jeunesse s’est mobilisée pour porter haut ses revendications, c’est toute la défaillance du système éducatif français qui saute aux yeux. Loin de garantir l’égalité des chances promise par la République, notre modèle éducatif s’enfonce dans une dynamique à deux vitesses, lissant le chemin vers un système ultrasélectif et inégalitaire, directement inspiré du modèle libéral américain qui semble tant séduire notre gouvernement.

Face à cette colère légitime, le traitement médiatique dominant a, une fois de plus, préféré braquer les projecteurs sur les débordements plutôt que sur le fond des revendications. À Marseille comme dans d’autres villes, ce prisme réducteur masque mal une gestion du maintien de l’ordre par l’Etat, manifestement inadaptée. Cependant, face aux dégradations  et au désarroi, une réponse locale de solidarité s’est organisée entre tous les Marseillais venus prêter main-forte aux commerçants touchés à travers une aide humaine concrète pour déblayer, sécuriser et reconstruire. Mais si la solidarité du quotidien permet de faire face à l’urgence, elle ne suffira pas à panser des plaies structurelles. Face à un modèle néolibéral qui aggrave chaque jour les inégalités, la véritable réponse devra aussi se jouer dans les urnes, en privilégiant des projets politiques qui remettent l’humain, la justice sociale et l’école publique au cœur des priorités. »

C’est précisément dans ce climat d’injustice économique que la pression fiscale continue de peser lourdement sur les propriétaires modestes, impactant également les locataires. Et au mois d’octobre, cela se traduit concrètement par l’échéance d’un impôt particulièrement discuté : la taxe foncière. Comment est-elle calculée, pourquoi augmente-t-elle et que finance-t-elle réellement ?

À chaque retour de l’automne, le constat est le même, particulièrement pour les habitants du 3ᵉ arrondissement : la taxe foncière pèse lourdement sur le budget des ménages. Pour comprendre pourquoi, il faut observer comment cet impôt est calculé, qui fixe les règles et quelles en sont les répercussions politiques et citoyennes.

La première raison de ce montant élevé réside dans le fonctionnement même de l’impôt foncier fixé par l’État : L’assiette fiscale repose sur la valeur locative cadastrale, calculée selon des critères qui datent des années 1950 à 1970 !. Ce système prend en compte des critères de confort d’époque (comme baignoire, points d’eau, chauffage central, wc intérieur, tout à l’égout…etc) sans tenir compte de la réalité actuelle du marché immobilier ni de l’état réel du bâti.

C’est ainsi qu’on se retrouve avec une anomalie fiscale criante : des logements de copropriétés dégradées comme le « Parc Bellevue » à Félix Pyat par exemple se voient appliquer des bases cadastrales plus élevées que certains biens situés dans des secteurs réputés plus aisés comme le Roucas-Blanc. En effet dans les années 70 ces logements flambants neufs étaient fonctionnels et confortables au regard du logement ancien marseillais. De plus, l’État revalorise chaque année ces bases au niveau national (+0,8 %) pour suivre l’inflation, ce qui fait monter la facture globale même quand les collectivités ne touchent pas à leurs taux.

Par ailleurs, pour compenser des bases fiscales moyennes plus faibles qu’ailleurs en France — qui rapportent donc moins de recettes fiscales par habitant —, la Ville de Marseille applique un taux communal de 44,54 % (inchangé depuis la réévaluation de 2022). Cet impôt n’est pas « fléché » : il alimente le budget général de fonctionnement de la Ville pour financer les écoles, les crèches, les services publics. Pour rappel la hausse municipale de 2022 n’était pas un choix de facilité, mais une mesure de sauvetage indispensable sous menace de mise sous tutelle par le Préfet en raison de la situation financière critique léguée par 25 ans de gestion de la droite.

Face aux inégalités générées par ces bases obsolètes, il faut savoir que le maire Benoît Payan a réclamé publiquement et à plusieurs reprises une refonte globale du calcul des bases par l’État. L’objectif affiché par la municipalité est d’obtenir une révision fiscale équitable qui cesse de pénaliser les habitants des quartiers populaires au profit d’un système tenant compte des réalités socio-économiques et de la valeur réelle des logements. Malheureusement le système actuel tend à protéger le patrimoine des quartiers riches au détriment des logements populaires et la refonte est toujours repoussée car trop sensible politiquement. Après avoir été annoncée en 2026, elle serait maintenant prévue en 2028.

Outre la part municipale et la part métropolitaine globale (2,79 %, en baisse progressive), la taxe foncière intègre la Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères (TEOM), prélevée par la Métropole au taux de 18,10 % à Marseille (contre 14 % dans le reste du territoire métropolitain). Contrairement à l’impôt foncier classique, la TEOM est une taxe directement affectée (fléchée) à un service précis : la collecte, le tri et le traitement des déchets.

Puisque les Marseillais s’acquittent d’un des taux de TEOM les plus élevés de France, cette contribution donne le droit légitime aux habitants d’exiger un service public à la hauteur de ce qu’ils paient. Propreté des rues, régularité des collectes, entretien des bacs et gestion de l’environnement urbain ne sont pas des faveurs, mais la contrepartie directe d’une taxe au coût particulièrement élevé.

Sur le plan politique, même si le Printemps Marseillais n’a pas la majorité à la Métropole (compétente en matière de propreté et de déchets), c’est en tout cas dans ce sens qu’il travaille : porter la voix des habitants pour exiger une meilleure gestion des déchets, une tarification plus équitable et un service public enfin à la hauteur des sommes prélevées.

Enfin, contrairement aux idées reçues, la taxe foncière n’est pas qu’un problème de propriétaires : à travers la TEOM facturée dans les charges locatives et la pression exercée sur les loyers, ce sont aussi les locataires des quartiers populaires qui en subissent de plein fouet l’impact financier. De plus, pour les baux commerciaux le report de la TF sur les commerçants locataires est tout à fait légal.

En conclusion, la cherté de la taxe foncière dans le 13003 découle d’un système national vicié qui surtaxe historiquement des logements populaires sur la base de critères datant du milieu du siècle dernier. Alors que la Mairie de Marseille demande régulièrement un rééquilibrage national des bases à l’État, le montant élevé de la taxe sur les ordures ménagères (TEOM) place la Métropole face à ses responsabilités pour des services de propreté à la hauteur des montants prélevés.

Photo : Association Récits

Agenda :
Vendredi 30/10 à 10h : Café citoyen place de la Joliette (13002).
Vendredi 06/11 à 16h30 : inauguration de l’aire de jeux du Refuge (13002).
Du 20 au 28 novembre : Festisol, Festival des solidarités : Programme ici